Trump, objet d’étude pour les géographes au FIG
À Saint-Dié-des-Vosges, où fut décidé en 1507 de baptiser «America» le Nouveau-Monde et où se tient annuellement le Festival international de géographie (FIG), Donald Trump est présenté par les géographes comme un «objet d’étude» à la fois «fascinant» et «effrayant».
Le pouvoir et les territoires sur les cartes
Le thème du festival est cette année le pouvoir; pour Camille Escudé, chercheuse à Sciences Po, l’évolution du leader américain illustre un retour à un pouvoir national fort, décomplexé, et se lit aussi dans des traductions spatiales sur les cartes.
«Il me donne du grain à moudre», confie-t-elle, évoquant les intentions perçues de Trump vis-à-vis du Canada et du Groenland, et affirmant que c’est «un objet politique» avec des conséquences géographiques à étudier, tout en reconnaissant une inquiétude.
Renommages géographiques et symboliques
Pour Anne-Laure Amilhat Szary, géographe à l’Université Grenoble-Alpes, Trump apparaît comme un «maître en dystopie» capable de «faire advenir tout ce qu’on pensait inimaginable» et de mettre à mal le droit et l’état de droit, en exposant publiquement des logiques de pouvoir qui transforment les rapports sur les territoires.
Elle souligne aussi que «la frontière est partout» et interroge cette dynamique, notamment à travers les actions de l’agence ICE visant à mettre en œuvre ce programme migratoire, lequel se manifeste selon elle «au grand jour» dans les cartes et les politiques.
Frontières, droit international et ambitions internationales
Spécialiste de toponymie à l’Université de Genève, Frédéric Giraut explique avoir été fortement sollicité lorsque Trump, revenu au pouvoir, a ordonné des modifications de noms sur des cartes. Denali, point culminant des États‑Unis, est redevenu le «mont McKinley», et le golfe du Mexique a été renommé «golfe d’Amérique», selon des informations relayées par l’agence AP.
Selon lui, ces gestes portent une dimension suprémaciste et remettent en question certains engagements internationaux, notamment ceux qui promeuvent l’inclusion des langues minoritaires et des savoirs autochtones.
Résistances et perspectives critiques
Laurence Nardon, spécialiste des États‑Unis à l’Institut français des relations internationales (Ifri), évoque une «fin d’une ère» et une fin potentielle du multilatéralisme fondé sur la coopération, le droit international et les institutions comme les Nations Unies. D’un point de vue en science politique, le sujet est «absolument passionnant», mais il comporte aussi un aspect angoissant, particulièrement depuis le début du second mandat républicain.
Elle confie avoir perdu une partie de son optimisme sur la résilience du système américain, citant des attaques perçues contre les universités, l’État de droit et les médias.
Enfin, certains chercheurs remarquent des résistances, malgré l’alignement des grandes plateformes. Si Google Maps ou Apple Plans ont suivi ces démarches, des projets collaboratifs comme Wikipédia et OpenStreetMap apparaissent comme des formes de résistance et restent des cibles d’attention.