Germany's midfielder #09 Assan Ouedraogo (C) celebrates with Germany's midfielder #13 Felix Nmecha (L) and Germany's defender #18 Nathaniel Brown scoring his team's sixth goal during the FIFA World Cup 2026 European qualification Group A football match between Germany and Slovakia, at the Red Bull Arena in Leipzig, eastern Germany on November 17, 2025. (Photo by Ronny HARTMANN / AFP)

Gilberte de Courgenay, une légende suisse portée par le théâtre zurichois

À Courgenay, dans le Jura, une serveuse de l’hôtel de la gare porte le nom de Gilberte Montavon. Elle est associée à l’effort moral des mobilisés pendant la Première Guerre mondiale et incarne, selon les récits de l’époque, l’esprit de solidarité dans un contexte marqué par les tensions entre Romands francophiles et Alémaniques proches des positions du Kaiser.

De la chanson à la scène et à l’écran

La figure de Gilberte est devenue une chanson populaire, puis a donné lieu à une pièce écrite par le Bâlois Rudolf Bolo Mäglin. Mäglin lui consacre aussi un roman, avant que le réalisateur bernois Franz Schnyder ne tourne le film qui contribue à forger le mythe; Gilberte de Courgenay est présentée comme celle que l’on connaît dans toute la Suisse et dans toute l’armée.

De brune, Gilberte devient blonde lorsque l’interprétation est portée par la comédienne bilingue Anne-Marie Blanc. Cette transformation coïncide avec l’année 1941, période où la jeune femme au tablier participe à nouveau au soutien moral et patriotique du pays.

Une mémoire vivante aujourd’hui

Et aujourd’hui, lorsque l’on fredonne la chanson de Gilberte auprès d’un public germanophone, il est probable que certains complètent le refrain; près du Léman, le résultat est plus incertain. À Courgenay, désormais jurassienne, la figure de Gilberte demeure une héroïne locale, même si les tombes de la vraie Gilberte et de son interprète reposent en terre zurichoise.

Une mise en scène germanophone et bilingue

Pour sa première mise en scène en allemand, le metteur en scène Mathieu Bertholet—ancien directeur du Théâtre Le Poche à Genève et aujourd’hui à la tête du Theater Neumarkt de Zurich—a choisi d’invoquer Gilberte. « Une schnnapsidée », raconte le Valaisan, une plaisanterie de fin de soirée qui se révèle être une démarche sérieuse et concrète. « Gilberte, c’est un peu moi », affirme le metteur en scène, parfaitement bilingue et conscient du rôle de passerelle entre Romands et Alémaniques.

Un cabaret bilingue et satirique

Sur la scène du Neumarkt, la figure de Gilberte s’affirme dans un cadre cabaret où la musique et la satire s’entremêlent. La troupe transforme le plateau en café, réorganise tables et chaises et joue avec des détails comme le tube d’Aromat et les fioles de Maggi, tout en endossant des uniformes de conscrits et des regards d’amour. Le spectacle s’inspire du cabaret de Weimar et intègre des clins d’œil aux origines du récit.

La pièce évoque régulièrement le film de Schnyder, projeté sur deux vieux postes de télévision. Elle passe d’une langue à l’autre et invite le public, avec des sous-titres éventuels, à réfléchir à l’identité suisse, à la crainte de l’étranger, au surtourisme et aux fortunes qui bordent les berges des lacs.

Et notre héroïne, comme dans l’histoire d’origine, renonce à son amour pour Hasler, promis à sa fiancée Tilly, bourgeoise bernoise protégée par son père. Cependant, elle n’est pas seule : la figure de Gilberte traverse le plateau, changeant de perruque et de foulard, portée par l’ensemble de la troupe dans un final qui peut gagner en intensité et qui propose une lecture collective et translinguale du mythe.

Crédits: Thierry Sartoretti/sf

Gilberte de Courgenay, nouvelle interprétation de Mathieu Bertholet au Theater Neumarkt, Zurich, jusqu’au 17 janvier 2026.

By