Depuis le début des opérations militaires entre l’Iran et Israël, un silence gênant enveloppe les prétendus alliés de Téhéran au sein du bloc des puissances émergentes. L’Iran a beaucoup aidé la Russie dans sa guerre en Ukraine et la Chine lui a acheté du pétrole au rabais, mais aucun des deux pays ne l’aide concrètement dans sa guerre avec Israël et les États-Unis.

Cette rupture dans la solidarité du bloc multipolaire mérite attention. Elle expose, de manière crudeLa, les limites de la coalition anti-occidentale tant célébrée par les défenseurs d’un ordre mondial « polaire ».

Moscou prisonnier de ses contradictions stratégiques

La Russie, paralysée par ses propres besoins, ne dispose plus de ressources militaires pour soutenir l’Iran. La Russie a besoin de toutes ses armes pour combattre l’Ukraine, ce qui explique en partie son inaction. Mais cette justification matérielle ne masque qu’à demi une calcul politique plus profond.

La Russie ne veut pas froisser Israël, les États-Unis et les pays du Golfe attaqués par l’Iran, car elle a besoin de la collaboration d’Israël pour conserver sa base navale en Syrie. Poutine maintient ainsi des canaux de communication avec Tel-Aviv, quitte à laisser tomber un allié encombrant. Vladimir Poutine espère toujours que Donald Trump l’aidera à triompher en Ukraine, un calcul qui prime sur toute solidarité de bloc.

Pékin observe, ne s’engage pas

La Chine, en retrait, consolide sa position de puissance intermédiaire face aux chaos mondiaux. La Chine devient progressivement la « tour de contrôle » mondiale de la paix et de la guerre, et bien qu’elle partage avec la Russie et les États-Unis le statut de grande puissance, elle n’est pas engagée dans un conflit chaud. Cette prudence a un prix : elle signifie que Pékin ne sacrifiera jamais ses intérêts commerciaux ou diplomatiques pour une alliance de papier.

Le mythe du bloc multipolaire s’effrite

Ce qui se dessine, c’est l’écroulement de l’illusion d’une véritable alliance émergente face au système occidental. Contrairement à la narration officielle, les BRICS ne forment pas une coalition soudée. Chaque membre poursuit ses intérêts propres et accepte, quand bon lui semble, de composer avec les États-Unis ou Israël.

L’Iran, déçu et affaibli, doit affronter seul une escalade régionale que Washington contrôle imparfaitement mais dont il reste le principal arbitre. Pendant ce temps, la Chine renforce sa position de médiatrice incontournable, tandis que la Russie, prisonnière de l’Ukraine, négocie tacitement avec Israël au dépens de Téhéran.

Cette configuration révèle une vérité dérangeante : le monde multipolaire tant attendu n’est qu’une collection d’intérêts nationaux divergents. Les puissances émergentes ont délaissé la logique de bloc pour celle de transactions bilatérales sélectives. L’Iran en fait les frais.

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