Le Moyen-Orient a plongé dimanche 12 juillet dans une nouvelle escalade militaire d’une gravité rarement observée. L’Iran a lancé des attaques aux missiles et drones simultanées contre le Bahreïn, le Qatar, le Koweït, Oman, la Jordanie et les Émirats arabes unis. Cette vague d’attaques survient quelques heures après une troisième série de frappes aériennes américaines contre des cibles iraniennes, en représailles à des attaques contre des navires de commerce dans le détroit d’Ormuz.
Le scénario se répète avec une régularité alarmante : les frappes américaines visaient à répondre à des attaques sur trois navires marchands en transit le 9 juillet, et le président Trump a déclaré que le cessez-le-feu intérimaire avec l’Iran était « terminé ». La boucle infernale action-réaction-réaction en chaîne laisse peu d’espace à la désescalade.
Une débâcle pour la diplomatie régionale
Ce qui rend cette escalade particulièrement révélatrice, c’est qu’elle frappe des pays censés incarner la modération et la médiation. L’Iran affirme avoir ciblé la base aérienne Al-Udeid au Qatar, la plus grande de la région, revendiquant la destruction d’un centre de commandement et d’une installation de maintenance d’aéronefs. Or le Qatar, durant des mois, a joué le rôle de tiers médiateur entre Washington et Téhéran.
Le ministre qatari des Affaires étrangères Sheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani a mené des pourparlers séparés avec le ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi et le ministre saoudien des Affaires étrangères Prince Faisal bin Farhan, exhortant toutes les parties à réaffirmer leur engagement envers la diplomatie. Ces efforts d’apaisement se sont heurtés au mur de la logique militaire. L’attaque contre un pays médiateur constitue un mépris éloquent des tentatives de sortie de crise.
La réalité crue transparaît dans les accusations portées à l’ONU. Le Bahreïn a accusé l’Iran d’exploiter la diplomatie pour gagner du temps tout en poursuivant les opérations militaires ; son ambassadeur à l’ONU a déclaré que Téhéran avait violé des accords internationaux, notamment le Mémorandum d’Islamabad signé en juin, et que la fermeture du détroit d’Ormuz associée aux attaques continues démontraient un schéma où la diplomatie servait seulement à « gérer les crises et gagner du temps ».
L’arme économique du détroit bloqué
Le cœur du conflit réside dans le contrôle des flux commerciaux. La Garde révolutionnaire iranienne a avertي que « l’ère de la retenue est finie » et que de nouvelles attaques américaines « résulteraient en des réponses encore plus dévastatrices », déclarant le détroit d’Ormuz fermé à la navigation dimanche. L’Iran maintient un contrôle sur le détroit d’Ormuz depuis le début de la guerre, perturbant les marchés mondiaux de l’énergie car un cinquième du pétrole et du gaz naturel échangés mondialement transitent par ce canal en temps de paix.
Washington refuse cette mainmise unilatérale. Les États-Unis ont rejeté la prétention iranienne au contrôle exclusif du détroit, exigeant que Téhéran garantisse publiquement la liberté de navigation et arrête les attaques contre les navires commerciaux avant que des négociations plus larges ne puissent progresser ; les autorités américaines considèrent le trafic maritime sans restriction comme une condition préalable à tout accord futur sur le programme nucléaire iranien et la sécurité régionale.
Des institutions internationales désarmées
Ce conflit met en lumière l’impuissance structural des mécanismes onusiens. Les résolutions du Conseil de sécurité sont contournées, les accords négociés sont bafoués quelques heures après leur signature, et les États tiers sont impuissants à imposer le respect des engagements.
Les journalistes d’Euronews présents dans le Golfe ont rapporté un sentiment d’incrédulité face aux raids du matin, mêlant résilience et calme avec le sentiment inquiétant que « c’est reparti » et que la guerre est venue pour rester malgré tous les efforts de médiation et de résolution du conflit, lequel a des conséquences économiques massives pour les nations du Golfe.
La spirale est maintenant enclenchée. Chaque cycle d’attaques renforce la conviction de chaque camp que seule la force peut prévaloir. Et pendant ce temps, les économies mondiales retiennent leur souffle, sachant que toute fermeture prolongée du détroit d’Ormuz ripple instantanément les prix de l’énergie à travers la planète, affectant d’abord les plus vulnérables.