Le conflit armé entre le Pakistan et l’Afghanistan, devenu « guerre ouverte » en février 2026, continue de s’intensifier au-delà des annonces de trêve. Les tensions historiques autour de la ligne Durand se cristallisent aujourd’hui dans une confrontation militaire directe où les civils paient le prix le plus lourd. Ce conflit régional, éclipsé par la couverture médiatique des crises du Moyen-Orient, incarne les contradictions d’une gouvernance sans légitimité dans un contexte de rivalités stratégiques implacables.
Le 26 février 2026, l’Afghanistan a lancé une opération de représailles contre le Pakistan, qui a riposté avec l’opération Ghazab Lil Haq contre les talibans. Le Pakistan a justifié ces frappes par le ciblage de camps du Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP) et de l’État islamique du Khorassan, en représailles à des attaques transfrontalières, tandis que les autorités afghanes et l’ONU ont rapporté des pertes civiles.
Les origines de cette escalade remontent à plusieurs années. Le Pakistan a initialement visionné le retour au pouvoir des talibans en 2021 avec optimisme, mais la relation bilatérale s’est détériorée, avec un cycle d’escalade depuis l’automne 2025. Les tensions se sont amplifiées en 2025 suite à une augmentation de la violence transfrontalière et des attaques militantes, et un cessez-le-feu médiatisé par le Qatar en octobre 2025 s’est avéré fragile. En début 2026, le Pakistan a connu une série d’attaques majeures dans ses provinces frontalières et la capitale, que ses responsables ont attribuées à des groupes militants opérant depuis le territoire afghan, avertissant d’une action militaire si les talibans n’agissaient pas contre ces groupes.
Le gouffre humanitaire
Le bilan humain révèle l’ampleur réelle du conflit au-delà des justifications sécuritaires affichées. Au moins 372 civils afghans ont été tués et 397 blessés lors des violences transfrontalières entre les forces talibans et l’armée pakistanaise au cours des trois premiers mois de 2026, selon les données des Nations unies. Plus de la moitié des décès provient d’une frappe du 16 mars sur un établissement de traitement de la toxicomanie à Kaboul, dans laquelle au moins 269 personnes ont été tuées et 122 blessées, avec de nombreux corps méconnaissables en raison de brûlures étendues.
Parallèlement aux opérations militaires, Islamabad a ciblé les réfugiés afghans au Pakistan, estimés à plus de 4 millions, déportant près d’un million d’entre eux vers l’Afghanistan et fermant la frontière, coupant ainsi les principales routes de transit internationales de l’Afghanistan. La guerre a gravement pénalisé les économies des deux pays fortement interdépendants, surtout l’Afghanistan enclavé, tandis que le conflit en Iran entrave les flux commerciaux en Asie centrale, notamment en raison du blocus américain dans le détroit d’Ormuz, avec des centaines de camions de marchandises bloqués au principal poste-frontière fin avril.
Un cycle sans issue apparente
Les analystes s’accordent sur le caractère répétitif et la persistance de cette confrontation. Les frappes aériennes pakistanaises sont devenues réactionnelles sans changement notable dans la fréquence des attaques militantes, tandis que les autorités talibanes afghanes n’ont pas pris de mesures notables pour empêcher l’Afghanistan de servir de base de lancement pour les attaques contre le Pakistan. Compte tenu de la dynamique au niveau bilatéral et régional, les perspectives d’un retour durable à la stabilité semblent limitées. Ce qui avait commencé en 2022 comme des incidents occasionnels s’est consolidé en un schéma régulier depuis 2025, une escalade s’observant entre octobre 2025 et mars 2026, avec un tir pour tat devenu la norme, mais avec une possible escalade graduelle à venir impliquant des attaques plus décisives.
Pour les habitants des régions frontalières et les millions de réfugiés afghans, ce conflit incarne l’absence de solutions politiques durables. Les deux gouvernements invoquent la sécurité pour justifier des opérations massives qui ne règlent rien des causes profondes : l’incapacité du régime taliban à gouverner véritablement, les défaillances sécuritaires internes pakistanaises masquées par un cadrage transfrontalier, et l’indifférence relative de la communauté internationale, absorbée par d’autres crises régionales. Le conflit Pakistan-Afghanistan demeure un laboratoire de l’inefficacité des États modernes confrontés aux défis de l’ordre régional post-américain.