La RD Congo et le Rwanda négocient actuellement à Genève, tandis que Kinshasa poursuit un dialogue séparé avec l’alliance politique qui soutient le M23, une méfiance qui se situe au cœur des discussions genevoises. Les combats entre les Forces armées congolaises (FARDC) et le groupe rebelle du Mouvement du 23 Mars (M23) se poursuivent sans répit, avec des affrontements persistants signalés dans les provinces du Kivu du Nord et du Sud, tandis que la situation dans l’est de la RD Congo continue de se détériorer malgré diverses accords de cessez-le-feu signés.

Depuis le printemps 2026, les négociations américaines ont produit plusieurs accords sur le papier. En avril, les États-Unis ont négocié la signature d’une Déclaration de principes entre la RD Congo et le Rwanda, qui « ouvre une voie vers la paix, la stabilité et le développement économique intégré » dans l’est de la RD Congo. Le 27 juin, la RD Congo et le Rwanda ont signé un accord de paix porté par les États-Unis, visant à lier l’intégration économique et le respect de l’intégrité territoriale à la promesse d’investissements occidentaux.

Or, ces engagements diplomatiques masquent une réalité beaucoup plus sombre. Les combats se sont poursuivis et, en septembre, le M23 a annoncé la formation de plus de 7 000 combattants, composés d’anciens soldats de l’armée congolaise et de combattants Mai Mai et Wazalendo. Le groupe rebelle, loin d’être marginalisé par les pourparlers, renforce sa capacité militaire et son contrôle territorial. Le groupe a capturé Goma en janvier 2025 et a ensuite pris Bukavu, la capitale du Kivu du Sud, altérant dramatiquement l’équilibre des pouvoirs dans l’est de la RD Congo.

Le nœud de la souveraineté

Le cœur du problème reste insoluble dans le cadre actuel des négociations. Le différend sur les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), la présence militaire rwandaise en territoire congolais et le contrôle du M23 sur de vastes zones de l’est est maintenant difficile à séparer : Kinshasa soutient que les préoccupations sécuritaires du Rwanda ne peuvent justifier la présence de forces étrangères sur le sol congolais, ce que Kinshasa voit comme une menace à sa souveraineté.

Les efforts des médiateurs pour résoudre le conflit ont été compliqués par le déséquilibre des forces entre, d’un côté, une armée congolaise désorganisée et des alliés mal coordonnés, et de l’autre, une insurrection bien équipée et une armée rwandaise robuste.

L’impasse et l’escalade

Parallèlement aux négociations de Genève, Kinshasa a opté pour une stratégie de durcissement. Le 28 juillet, le gouvernement congolais a signé un protocole avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé ethnique hutu actif dans l’est de la RD Congo impliqué dans le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda. Ce retournement spectaculaire place Kinshasa aux côtés d’un groupe responsable d’un génocide, une escalade qui révèle l’impasse totale du processus diplomatique.

En septembre, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU a présenté le rapport final de la mission d’établissement des faits, qui a conclu que les violations et les abus graves et généralisés commis par toutes les parties au conflit peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Cet avertissement des Nations unies reste lettre morte. Le 30 septembre, un tribunal militaire a condamné Joseph Kabila à la peine capitale par contumace, sans avocat de la défense, le jugeant coupable de trahison, de crimes de guerre, de complot et d’organiser une insurrection avec le M23, et l’a également condamné à verser 34 milliards de dollars US en dommages et intérêts.

Le conflit dans l’est du Congo illustre l’incapacité structurelle du système multilatéral moderne à contenir les crises régionales. Washington tente d’imposer sa vision par les traités et les promesses d’investissement ; Genève parle de dialogue ; l’ONU documente les atrocités. Pendant ce temps, sur le terrain, le M23 consolide ses gains, Kigali occupe le territoire congolais sans risque, et Kinshasa, acculée, s’allie avec les génocidaires d’hier. La diplomatie s’endort en comité, tandis que la géopolitique brute reprend ses droits.

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