Le phénomène n’est plus français. Ce qui a démarré à Paris et en province gagne du terrain à une vitesse qui désarçonne les gouvernements de toute l’Europe occidentale. Durant le troisième week-end de mobilisations consécutives, des centaines de milliers de protestataires inspirés par des lycéens frustrés ont envahi les rues de France samedi dans une troisième fin de semaine consécutive de manifestations contre le coût de la vie et l’éducation. Mais ce qui inquiète vraiment les élites bruxelloises et parisiennes, c’est que le mouvement a franchi le Rhin.

Les protestations contre le coût de la vie, qui ont commencé en France, se sont propagées en Allemagne où des manifestations coïncidant avec Halloween se sont déroulées samedi, avec des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Les protestations « Génération Z » en Allemagne samedi ont dégénéré en violence dans certaines parties du pays alors que les émeutiers affrontaient la police et que les pillards ciblaient les magasins. Après des protestations largement pacifiques l’après-midi contre des questions incluant la hausse du coût de la vie, des émeutes ont éclaté dans plusieurs villes à la tombée de la nuit. La situation est devenue particulièrement tendue à Francfort, Cologne, Hambourg et Berlin. Des vitrines de magasins ont été brisées et des barricades enflammées ont bloqué les rues tandis que la police déployait des canons à eau contre les foules.

Une jeunesse aux abois

La combustion sociale qui embrase le cœur de l’Europe révèle une faille béante entre les promesses de Bruxelles et la réalité vécue par des millions de jeunes. Inflation, stagnation des salaires, accès à l’éducation dégradé : les griefs sont massifs et trans-européens. Des manifestations menées par les jeunes ont également été tenues ailleurs en Europe, notamment en Allemagne et au Portugal. Aucune frontière n’arrête cette lame de fond.

La contagion entre pays révèle surtout l’incapacité des gouvernements successoraux à répondre aux attentes sociales. En France, la police s’attend à de nouvelles manifestations alors que les lycées au cœur du mouvement rouvrent lundi après leur congé d’automne. Les autorités tentent d’endormir la vigilance en parlant de « baisse de la violence » d’une semaine à l’autre, mais chiffre après chiffre, c’est un mouvement qui s’amplifie et s’étend.

Les acteurs du contrôle social en difficulté

Pendant ce temps, les appareils de répression se mobilisent à plein régime. Le ministre de l’intérieur allemand Alexander Dobrindt a blâmé les « groupes de gauche et les fauteurs de troubles d’origine migrant » pour les émeutes et a appelé à des pénalités sévères pour ceux constatés comme ayant participé. Classique : lorsque la base sociale explose, on cherche l’ennemi extérieur ou le bouc émissaire migrant. Mais cette rhétorique use, elle n’apaise plus les rues.

Le tournant symbolique réside dans le caractère générationnel des mobilisations. Ces ne sont plus les syndicats traditionnels qui dirigent la danse, ce sont les jeunes. Les lycéens français, épaulés par les étudiants et les forces de travail organiques, redessinent les termes du débat politique. Ils ne négocient pas avec les médiateurs institutionnels, ils occupent l’espace public. La police prépare de nouvelles tensions alors que les écoles rouvrent lundi et que des groupes d’étudiants et des syndicats appellent à de nouvelles manifestations nationales mardi et jeudi.

Avec chaque fin de semaine qui passe, le contrôle politique s’érode. Les gouvernements de Macron, de Berlin et de Bruxelles font face à un problème qu’aucune statistique d’apaisement ne peut masquer : une jeunesse qui refuse le deal proposé. Les révoltes de rue qui traversent désormais les frontières ne sont pas un accident de parcours. Elles constituent le symptôme visible d’un ordre établi qui perd son emprise.

By