Le sommet BRICS s’est tenu à New Delhi les 12 et 13 septembre 2026, réunissant les dirigeants de onze pays, dont Vladimir Poutine, Xi Jinping et Narendra Modi en tant qu’hôte. Mais cette rencontre revêt une portée bien au-delà des simples échanges commerciaux. Elle cristallise en réalité le choc entre deux visions irréconciliables du monde : d’un côté, l’ordre occidental dominé par Washington, de l’autre, un bloc émergent de nations refusant la tutelle du dollar et de ses institutions.
La puissance croissante du groupe a provoqué la colère du président Trump, qui a menacé l’année précédente d’imposer des tarifs supplémentaires contre les pays s’alignant sur ce qu’il qualifie de « politiques anti-américaines » du bloc. Ces menaces ne sont pas anodines : Trump a menacé d’imposer un tarif de 10 % sur tout pays associé aux BRICS, présenté comme une réponse aux « valeurs anti-américaines » du bloc, principalement sa quête d’alternatives à la dépendance au dollar américain.
Derrière cette rhétorique agressive se cache une inquiétude existentielle pour Washington. Les BRICS, acronyme pour Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, se sont transformés, passant d’un simple concept forgé par un économiste de Wall Street à un club de nations représentant environ un quart du produit intérieur brut mondial nominal et environ la moitié de la population mondiale. Le groupe élargi représente désormais environ la moitié de la population mondiale et autour de 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat.
Les limites d’un bloc divisé
Cependant, le sommet révèle aussi les fissures et les limites de ce bloc alternatif. Les BRICS ne disposent toujours d’aucune monnaie unique, d’aucun système financier unifié ni d’une alternative pleinement développée capable de rivaliser avec le rôle mondial du dollar. Le sommet a en fait évité l’idée de créer une monnaie commune aux BRICS et a mis davantage l’accent sur la coopération économique pratique.
Cette prudence n’est pas fortuite. Bien que certaines discussions aient évoqué le potentiel de systèmes de paiement alternatifs, les représentants des BRICS ont soigneusement évité de s’engager envers une monnaie commune ou des mesures drastiques susceptibles de perturber les systèmes monétaires mondiaux. Les autorités indiennes ont souligné que si des mécanismes de paiement alternatifs étaient nécessaires pour assurer la stabilité financière, le processus exigerait une coordination minutieuse entre les États membres.
Les tensions géopolitiques qui divisent le bloc ajoutent une couche de complexité. Certains membres se sont retrouvés sur des camps opposés dans le conflit israélo-palestinien en cours. L’Inde, accueillie en tant qu’hôte, a dû naviguer entre Russes et Chinois d’un côté, et des tensions au sein du groupe sur la politique moyen-orientale de l’autre.
La riposte occidentale qui boomerange
Sur la question centrale des sanctions, les nations BRICS ont exprimé des préoccupations quant aux sanctions et tarifs unilatéraux, les pays membres manifestant collectivement des appréhensions face à la tendance croissante des puissances occidentales à imposer des sanctions affectant le commerce et les transactions financières. Parallèlement, les nations BRICS ont exploré l’avenir de leur coopération financière, visant à renforcer les relations commerciales réduisant la dépendance aux grandes devises occidentales, particulièrement le dollar américain.
Le paradoxe du moment apparaît avec clarté : plus Trump brandit les menaces commerciales contre les BRICS, plus il légitime le besoin du bloc de se détacher de l’orbite américaine. Engager une guerre commerciale contre les BRICS isolerait davantage les États-Unis d’un tiers de l’économie mondiale et de jusqu’aux deux tiers de la population mondiale.
Mais New Delhi montre aussi que la construction d’une alternative cohérente à l’ordre occidental reste laborieuse. Le bloc dispose de la masse critique pour peser, pas encore de la volonté politique unifiée pour basculer le système. Pendant ce temps, Trump joue l’escalade économique, apparemment convaincu que l’intimidation tarifaire suffira à maintenir Washington au sommet. Le pari est risqué : contraindre les États du Sud Global à se rapprocher davantage de Pékin et de Moscou par l’arme du protectionnisme pourrait accélérer précisément ce multilatéralisme économique que Washington redoute.