Tandis que le Soudan s’enflamme, l’Éthiopie et l’Érythrée se rapprochent dangereusement d’un conflit ouvert après des mois d’escalade verbale. Ce qui commence comme un contentieux frontalier classique révèle en réalité une fracture bien plus profonde : le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed veut mettre fin à l’enclavement de son pays, le plus peuplé au monde à être dépourvu d’accès à la mer.

Cette ambition apparemment géographique recèle une charge géopolitique explosive. Les autorités érythréennes redoutent qu’il ne cherche à reprendre le contrôle de leurs ports, auxquels l’Éthiopie bénéficiait d’un accès sans entrave avant la sécession de l’Érythrée en 1993. Pour Addis-Abeba, l’enjeu n’est pas symbolique : c’est la survie économique d’une nation de plus de 120 millions d’habitants. Pour Asmara, c’est l’existence même de l’État érythréen qui se joue.

Les préludes d’une collision frontale

Les accusations s’échangent à un rythme préoccupant. Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed accuse l’Érythrée d’attiser les troubles en Éthiopie en formant et en armant des milices hostiles au gouvernement. Asmara, pour sa part, présente l’Éthiopie comme l’agresseur. Ces rhétoriques parallèles, inconciliables, constituent les prélude classiques d’un basculement vers l’affrontement direct. Les tensions montent entre les deux pays, qui se préparent à l’éventualité d’une guerre.

Ce qui distingue cette crise de tant d’autres, c’est son invisibilité géopolitique presque totale. Cette montée des tensions est largement ignorée par une communauté internationale absorbée par d’autres crises. Pendant que Washington se concentre sur le Moyen-Orient, l’Ukraine et la compétition sino-américaine, le possible basculement de la Corne de l’Afrique dans une conflagration régionale passe inaperçu.

Quand l’absence d’attention multiplie les risques

Or, un tel conflit aurait des ramifications bien au-delà de la région. Les guerres dans la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs ont déjà entraîné le déplacement de millions de personnes. L’Éthiopie est déjà en proie à des tensions internes et externes majeures. Son infrastructure de sécurité, affaiblie, serait incapable d’une vraie guerre bilatérale. Une escalade pourrait déclencher un phénomène de débordement : interventions de pays tiers, déstabilisation du Soudan voisin, éclatement de nouveaux fronts dans la région.

Un affrontement entre l’Éthiopie et l’Érythrée pourrait faire basculer toute la Corne de l’Afrique dans une conflagration régionale. Les conditions s’accumulent : une communauté internationale distraite, deux gouvernements aux rhétoriques durcies, des enjeux existentiels pour l’un comme pour l’autre, et des années d’absence de dialogue. Contrairement aux crises du Moyen-Orient ou d’Europe, celle-ci ne dispose même pas de mécanismes de prévention éprouvés. L’absence d’attention occidentale n’est pas un signe de stabilité, mais la plus grande menace qui pèse sur elle.

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