Le retour du conflit au Tigray précipite l’Éthiopie dans un nouvel abîme. La guerre civile a redémarré dans la province septentrionale, quelques mois à peine après que les accords de paix aient prétendument clore trois années d’un carnage systématique.
Cette nouvelle flambée illustre l’impasse structurelle des efforts de pacification en Afrique de l’Est, où les puissances extérieures naviguent en eaux troubles. Le conflit tigréen, depuis 2020, a tué des centaines de milliers de personnes selon les estimations les plus conservatrices. Le silence assourdissant des capitales occidentales sur ce drame humanitaire contraste violemment avec le flot de condamnations réservées aux conflits jugés plus stratégiquement importants.
La reprise des hostilités démontre que les accords de cessez-le-feu, négociés sous médiation internationale, n’ont jamais traité les causes profondes du conflit. Les deux camps, gouvernement fédéral éthiopien et forces du Tigray populaire, demeurent sur des positions irréconciliables. Le contrôle territorial, l’accès aux ressources, et les questions de justice transitionnelle restent en suspens. La diplomatie a échoué à transformer un armistice fragile en paix durable.
Ce qui rend ce nouvel engagement particulièrement inquiétant, c’est que le contexte régional s’est aggravé. Les puissances extérieures, des Émirats arabes unis à la Turquie en passant par l’Égypte, voient le Tigray comme un enjeu dans leurs propres rivalités stratégiques. Une Éthiopie fracturée accélère les calculs géopolitiques dans la Corne de l’Afrique, une région déjà fragilisée par des tensions frontalières chroniques et la poursuite des dynamiques de déstabilisation.
Pendant ce temps, les institutions de médiation panafricaines restent paralysées. L’Union africaine, basée à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne elle-même, se trouve dans une position quasi impossible, coincée entre son désir de légitimité et ses propres limitations opérationnelles. Les Nations unies, quant à elles, dépendent des autorisations des États pour déployer des observateurs ou des mécanismes de vérification, une dynamique qui rend illusoire toute neutralité.
Le drame éthiopien expose une réalité que les dirigeants de la communauté internationale préfèrent ignorer : les cadres de résolution des conflits construits au cours des trois dernières décennies ne sont tout simplement pas à la hauteur des enjeux. Un accord signé ne signifie pas une paix instaurée. Et sans transformer les structures politiques et économiques qui alimentent ces guerres, nous verrons se reproduire, région après région, ce cycle infernal d’accords brisés et de violences récrudescentes.
La Corne de l’Afrique, comme bien d’autres espaces périphériques du système international, demeure un théâtre où les vrais enjeux de puissance mondiale se jouent hors des radars. Le Tigray s’enflamme de nouveau. Personne n’agit. C’est le symptôme d’un ordre mondial effrité où les princes de ce monde ont renoncé à la prétention de maintenir même l’apparence d’une gouvernance globale.