Le Soudan s’enfonce dans une catastrophe silencieuse tandis que la communauté internationale détourne le regard. Depuis plus d’un an et demi, le conflit qui ravage le pays a transformé la nation en un chaos humanitaire sans équivalent, et pourtant les questions du Soudan disparaissent des écrans radar diplomatiques et médiatiques.
Les chiffres disent tout : environ 19,5 millions de Soudanais, soit plus de 40% de la population, sont confrontés à une faim aiguë. Cette situation s’aggrave d’autant plus que les belligérants empêchent activement l’acheminement de l’aide. Le programme alimentaire mondial elle-même ne peut opérer librement. Une frappe aérienne a détruit deux camions transportant 50 tonnes d’aide alimentaire du Programme alimentaire mondial, une cargaison qui devait ravitailler des milliers de personnes dans l’État du Kordofan du Sud.
L’ONU paralyse par son incapacité
Les structures internationales de maintien de la paix se révèlent complètement inefficaces. Les casques bleus eux-mêmes deviennent des cibles. Le Secrétaire général de l’ONU a condamné des attaques de drones qui ont ciblé la base logistique des Casques bleus des Nations Unies à Kadougli, faisant six morts et huit blessés. Comment une force de maintien de la paix peut-elle remplir sa mission si elle ne peut même pas se protéger ?
Le contraste est saisissant : tandis que le Conseil de sécurité se mobilise sur chaque épée brandie au Moyen-Orient ou à la frontière européenne, le Soudan est traité comme un désastre mineur, trop complexe, trop loin, trop peu rentable politiquement. Les puissances permanentes du Conseil ont peu d’intérêts stratégiques directs à Khartoum, et cela suffit à expliquer l’abandon.
Qui parle encore du Soudan ?
Comparé aux crises syriennes, ukrainiennes ou moyen-orientales, le conflit soudanais reste largement oublié du débat public occidental. Aucun sommet extraordinaire, aucune coalition internationale, aucun discours musclé. Juste des rapports d’organisations humanitaires qui alertent sur une famine galopante, ignorés par les mêmes gouvernements qui crient haut et fort leur attachement aux droits humains.
Le Soudan illustre parfaitement l’ordre international à géométrie variable. Les institutions mondiales agissent quand cela correspond aux intérêts des grandes puissances. Ailleurs, elles laissent pourrir les plaies ouvertes. Les 19 millions de Soudanais qui ont faim paieront le prix de cette géopolitique cynique, tandis que le monde continue de scroller ses flux d’actualités sans s’arrêter.