L’ancien président sénégalais Macky Sall vient de rejoindre la course à la tête de l’Organisation des Nations unies, transformant le scrutin pour le Secrétariat général en un enjeu qui dépasse les simples considérations diplomatiques. Sa candidature, appuyée par plusieurs pays africains, brise un monopole occidental d’un siècle et cristallise le basculement du pouvoir global vers le Sud.
Jusqu’à présent, l’Occident avait toujours réussi à bloquer toute tentative sérieuse d’un candidat issu d’Afrique, d’Asie du Sud ou du monde arabe d’accéder au fauteuil de secrétaire général. Cette position, obtenue après décennies de patience, représentait bien plus qu’un titre honorifique : c’était le symbôle d’une autorité morale et politique que les pays occidentaux croyaient héréditaire. Sall menace directement cette hégémonie.
Contrairement aux précédentes candidatures africaines qui s’effaçaient face aux pressions silencieuses de New York et Washington, le Sénégalais dispose d’atouts différents. Il incarne une génération de leaders africains qui ne demandent plus la permission à l’Occident, mais la conquête du pouvoir par la mobilisation des voix du Sud. Le premier vote indicatif, qui s’est déroulé récemment à l’ONU, l’a placé parmi les candidats les plus viables, forçant le camp occidental à reconnaître une réalité qu’il espérait contenir : l’Afrique ne peut plus être ignorée.
Mais Sall ne rivalise pas seul. Rebeca Grynspan, l’ancienne ministre du Costa Rica, s’est aussi engagée dans la course et bénéficie du soutien de certaines puissances occidentales cherchant à conserver une forme d’influence. Cette compétition révèle le véritable malaise : l’ONU elle-même, censée être l’instance d’un ordre multilatéral, peine à trouver un consensus sur celui qui devrait l’incarner. La gridlock n’est plus une anomalie, elle est devenue la norme.
Ce qui rend cette candidature particulièrement révélatrice, c’est le timing. Elle intervient alors que l’Occident s’effrite de l’intérieur, divisé entre Trump et l’Europe, affaibli en Ukraine, contesté au Moyen-Orient. Le moment où Washington aurait autrefois étouffé toute ambition africaine sans débat, il lui faut désormais négocier, faire des concessions, accepter que le jeu soit vrai. L’ONU elle-même cesse d’être un instrument d’ordre occidental pour devenir un champ de bataille où l’ordre multipolaire émerge sans pitié.
Sall représente donc bien plus qu’une candidature supplémentaire. Il est le test de la capacité du Sud à imposer sa vision du monde, sa représentation au sommet d’une institution qui n’a jamais été vraiment la leur. Si le Sénégalais l’emporte, l’Occident devra reconnaître que l’ère de son quasi-monopole sur les postes clés s’achève. S’il échoue, cela ne signifiera que l’ajournement inévitable d’un moment qu’il faudra bien accueillir tôt ou tard. L’ONU, gardienne d’un ordre en décomposition, ne pourra pas bloquer indéfiniment la montée d’un monde qu’elle prétend représenter.