Le conflit latent entre les États-Unis et l’Iran crée de profondes perturbations sur les marchés mondiaux de l’énergie, accroissant considérablement la pression économique sur des États européens comme l’Allemagne et la France. Mais tandis que Washington monopolise l’attention avec ses aventures géopolitiques, Bruxelles détourne les yeux de cette volatilité énergétique pour affronter une menace qu’elle juge existentielle : la Chine.

Paris et Berlin ont proposé que l’Union européenne se dote d’une nouvelle arme juridique permettant d’exclure immédiatement du marché intérieur les biens et services d’un pays menançant une guerre commerciale contre l’UE, tandis que les négociations commerciales de l’Union progressent avec Pékin en dialogue bilatéral. Ce choix révèle l’impasse dans laquelle l’Europe s’est enfermée : plutôt que de s’unifier autour d’une stratégie défensive commune face aux turbulences énergétiques du Golfe, elle se retranche derrière le protectionnisme contre un partenaire commercial de première importance.

La fin de la régulation multilatérale européenne

La manœuvre franco-allemande témoigne de l’affaiblissement de la capacité européenne à transformer les crises en opportunités de coopération multilatérale renforcée. Des blocs commerciaux se reforment et la coopération multilatérale traditionnelle est mise à l’épreuve, tandis que l’UE abandonne graduellement son rôle de contrepoids régulateur pour se ranger dans une logique d’affrontement bloc contre bloc.

Cette escalade commerciale intervient dans un contexte où une rivalité stratégique forte oppose la Chine, qui monte encore, aux États-Unis de Trump. L’Europe, normalement arbitre ou tiers neutralisateur dans de tels jeux de pouvoir, s’y trouve au contraire satellisée, oscillant entre la dépendance énergétique américaine et la friction commerciale avec Pékin. Pire encore, les nouvelles armes juridiques proposées par Paris et Berlin visent à ériger des barrières, non à créer des espaces de discussion.

Le cynisme du moment n’échappera à personne : tandis que les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient, avec trois porte-avions simultanément dans la région pour la première fois depuis avril, l’Union européenne se demande comment maintenir ses équilibres commerciaux. Washington déstabilise l’offre énergétique mondiale, Bruxelles ferme ses portes. Ce n’est pas une stratégie, c’est une fuite en avant.

L’ironie réside dans le fait que cette capacité de riposte rapide et d’exclusion commerciale que Paris et Berlin réclament aujourd’hui serait autrefois perçue comme un outil de puissance européenne autonome. Elle s’affiche désormais comme simple mécanisme défensif, réactif, survivre face aux tempêtes créées ailleurs. Les négociations en cours à Pékin ne visent pas à redessiner un ordre commercial fondé sur des règles communes, mais à acheter du temps avant le prochain coup.

L’Union européenne n’a plus les moyens ni la volonté d’imposer une régulation internationale ; elle se contente de construire des murs. C’est peut-être prudent à court terme, mais c’est l’aveu que le projet multilatéral européen a cessé de croître. Il se défend simplement, en attendant que d’autres décident de son sort.

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