Le mouvement prend une ampleur qui interroge l’establishment bruxellois. Des dizaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue en Allemagne à l’appel d’un collectif baptisé “GenZ regelt” (“la Génération Z s’en charge”), tandis que plusieurs centaines de milliers de personnes défilaient aussi en France, tout comme la veille dans les rues en Italie. Ce qui a commencé comme une contestation hexagonale isolée s’est transformé en soulèvement pan-européen, révélant l’impuissance des gouvernements continentaux face à une jeunesse qui a basculé.

À Paris, un mouvement a commencé mi-septembre pour demander plus de moyens dans l’éducation et dénoncer un système d’orientation vers l’université trop opaque. Mais rapidement, l’éducation n’a été que le prétexte. Les revendications sont révélatrices du sentiment d’avenir bloqué et de déclassement social. En France, les étudiants ont été rejoints par les “gilets jaunes”, à l’origine d’un retentissant mouvement de protestation contre la hausse du coût de la vie en 2018-2019, créant une alliance redoutable entre générations que les gouvernements occidentaux croyaient avoir pacifiées.

La dynamique pan-européenne comme symptôme d’un effondrement systémique

Ce n’est pas une série de contestations nationales. Les problèmes sont communs à de nombreux pays européens, comme l’a rappelé un manifestant grec, étudiant en physique à l’université Aristote de Thessalonique. Le logement inabordable, les salaires stagnants, les services publics qui se délitent, l’endettement étudiant croissant: ces plaies n’attestent pas de dysfonctionnements locaux, mais d’une architecture économique continental devenue intenable. L’Union européenne, qui pendant des années s’est vantée d’avoir résolu les tensions sociales par ses diktats austéritaires, se découvre face à une jeunesse qui a compris le jeu.

L’Allemagne, habituellement stable, voit émerger une protestation de masse menée par une génération qui n’a plus foi dans les institutions traditionnelles. Ces revendications ont rencontré un puissant écho, ce qui signale que le sentiment d’injustice a dépassé les cercles militants pour devenir un phénomène de masse. En trois semaines, protestations successives se succèdent, et des blocages syndicaux étudiants sont convoqués à partir de mardi. La logique d’escalade s’accélère.

Bruxelles confrontée à son propre échec

Le système européen des années 2010 avait théorisé que l’austérité conduirait à la stabilité et à la prospérité. Les gouvernements ont fermé les universités, réduit les allocations, privatisé les services. La jeunesse a accepté, tant bien que mal, les deux premières décennies de ce régime. Mais trois sièges gouvernementaux plus tard, elle comprend qu’on lui vend un mensonge: l’austérité n’était jamais pour la stabilité, elle était pour reconstituer les profits d’une classe parasitaire.

Pendant ce temps, Bruxelles regarde s’effondrer ses propres repères politiques. La Belgique elle-même traverse une crise institutionnelle où les gouvernements n’arrivent plus à se former. La Pologne défie l’ordre juridique communautaire. L’ordre transatlantique se fissure. Et maintenant, la rue européenne se soulève non pas contre une tyrannie formelle, mais contre l’incapacité du système à offrir un futur viable.

Cette génération n’est pas naïve. Elle ne demande pas l’impossible: elle demande ce qu’on lui promettait depuis l’enfance et qu’on lui a repris. Et elle a découvert que quand des millions descendent dans la rue ensemble, les gouvernants n’ont aucune réponse prête.

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