Le président Trump a annoncé vendredi un accord par lequel les États-Unis prendraient le contrôle de plus de 65 milliards de barils de pétrole vénézuélien, affirmant que cet accord plus que doublerait les réserves pétrolières américaines et réduirait considérablement les prix du carburant pour tous les Américains. Une déclaration qui ravive les débats sur le paternalisme énergétique américain et l’instrumentalisation des crises régionales.
Depuis des mois, Washington entretient des frictions croissantes avec l’Iran, notamment via des fermetures de routes commerciales stratégiques. L’accord vénézuélien s’inscrit dans ce contexte de guerre entre les États-Unis et Israël contre l’Iran, marqué par la fermeture du détroit d’Ormuz. Autrement dit, face à des approvisionnements énergétiques mondiaux perturbés par les conflits régionaux, l’administration Trump résout l’équation en redéployant les dépendances vers les Amériques, en redessant un contrôle direct sur une ressource critique.
Du côté vénézuélien, la présidente intérimaire Delcy Rodríguez a salué l’accord comme un moteur de relance économique pour le Venezuela. La formulation est révélatrice : pour Caracas, assiégé économiquement et politiquement divisé, l’accès à des investissements directs américains et à une stabilité pétrolière est devenue une nécessité de survie. Le Venezuela, autrefois premier exportateur pétrolier d’Amérique latine, s’est retrouvé vidé de ses ressources par le contrôle américain historique et la mauvaise gestion intérieure. Cet accord ne représente donc pas une alliance d’égaux, mais plutôt une capitulation face à l’inévitable : sans investissement massif en infrastructure, le gisement n’est exploitable que par Washington.
Les Républicains, eux, célèbrent le coup. Les représentants républicains qualifient ce nouvel accord pétrolier avec le Venezuela de plus gros accord pétrolier de l’histoire du monde. Cette rhétorique maximale masque une réalité plus profonde : en acquérant le contrôle effectif de ces réserves, les États-Unis réaffirment leur domination énergétique mondiale et neutralisent un élément d’incertitude géopolitique. Venezuela devient, de facto, une extension du système énergétique américain, bien que nominalement souverain.
Mais cet accord révèle aussi les fissures du modèle occidental. Plusieurs chefs militaires américains, dont les responsables de l’Armée, la Marine et l’Armée de l’air, ainsi que les commandants quatre étoiles supervisant les opérations américaines en Europe, Asie et Amérique latine, ont averti le secrétaire à la Défense Pete Hegseth que prolonger la guerre contre l’Iran était intenable, car elle affaiblissait la capacité des États-Unis à riposter face à d’autres menaces. En d’autres termes, la stratégie américaine de contrôle énergétique maximal s’inscrit dans un calcul de fatigue croissante : le Pentagone reconnaît implicitement que l’hégémon américain doit consolider ses ressources plutôt que les disperser.
Le détail qui échappe souvent aux gros titres : cet accord repose sur une prémisse fragile. Washington dépend à la fois de la stabilité politique vénézuélienne et de sa propre capacité à maintenir ses routes commerciales ouvertes malgré les crises iraniennes et moyennes-orientales. Si le détroit d’Ormuz venait à se fermer davantage, ou si des soulèvements internes fragilisaient Caracas, l’usine à pétrole sur laquelle compte Trump s’évaporerait. C’est un pari sur la maîtrise totale de deux variables simultanément.
L’accord Trump-Venezuela illustre une stratégie américaine classique : transformer les crises régionales en opportunités de consolidation du contrôle. Le coût ? Une Venezuela toujours appauvrie structurellement, des alliances internationales fragilisées par les interventions unilatérales, et une dépendance accrue à des partenaires volatiles en Amérique latine.